la Ville-Trumel
Citons Victor-Marie Le Bris, bien inspiré : "C’était probablement jadis Kerdrummel ou Kerdrumen, ou même Kerdruman ; sur l’autre rive de l’Oust, en St-Gonéry, se trouve St-Druman ; on a traduit par St-Urbain, substituant ainsi un saint romain à quelque bon vieux saint breton tombé dans l’oubli. C’est ainsi que l’on a fait de saint Bihy saint Euzèbe, du génitif Euzebii ! ".

Plusieurs faits confortent l’hypothèse. Tout d’abord, saint Trumel n’est pas tout-à-fait inconnu dans la région : on le reconnaît sans peine à St-Rumel en Plémet (22). La prononciation du t final du breton sant, saint, entraîne souvent de tels doublets : Saint-Ujen et Saint-Tujen, Saint-Ivi et Saint-Tivi, etc. Saint Rumel représente donc sans doute un saint Trumel, inconnu au bataillon. La francisation en Urbain provoque d’ailleurs le même phénomène : témoins ces extraits d’actes des registres loudéaciens du 15 août 1649 "St-Turbain en cette paroisse" et du 26 février de la même année "St-Turbain, paroisse de St-Gonnery" (le lieu-dit était à cheval sur les deux communes). De plus Kerdrumel est un toponyme attesté, notamment à Baden (56).

Il faut cependant s’arrêter sur la prononciation locale, la Ville-Turmel. Citons J.-Y. le Moing [*] : "De même, un nom comme Turmel, Trumel, n’est pas à coup sûr d’origine bretonne : Dauzat le cite comme venant du vieux-français turme, troupeau (latin turma, troupe), et comme étant un sobriquet de berger. Ceci est en contradiction avec un nom de frairie de Saffré (44) : L’Esturmel, que Quilgars note Lesturmel, et où on attendrait bien sûr un nom de personne breton comme déterminant : Tur- est attesté dans Turiau, nom de personne vieux-breton porté par un saint, évêque de Dol (...) La possibilité d’existence d’un nom de personne breton TurMael est donc réelle" . Voir aussi à Château-Thuriau.
[* in Les Noms de lieux bretons de Haute-Bretagne, p. 259]

Mais il semble improbable qu’il s’agisse là du nom original, vu d’une part la fréquence des altérations du genre tur- pour tru- en gallo , et de l’autre la régularité de la forme Trumel dans les archives de Cadélac, et ce dès la première moitié du XVIIIème siècle.

Voir aux noms en 'Ville'.