les noms en 'Ville'
Un problème épineux est posé par ces composés en Ville- de Haute-Bretagne, généralement suivis du nom du propriétaire (ou du fondateur) : s’agit-il de créations romanes ou bien de traductions du breton ?

Pour certains, l’abandon vers le quatorzième siècle de la voie de Rennes à Carhaix, qui a joué un rôle important dans la diffusion du roman, paraît "trop tardive pour contrarier un processus qui avait déjà atteint la vallée de l’Oust, comme en témoigne notamment l’extension des composés toponymiques en Ville-". Ces villages auraient donc été fondés ou baptisés par des habitants de langue romane (le gallo en l’occurence).

Ceci est cependant en contradiction avec des cas attestés de traduction totale ou partielle : ainsi la Ville-Moisan à Ploufragan (22) s’écrivait-elle Kermoisan en 1419. D’autres noms ne s’expliquent que par une traduction totale du breton au français : par exemple la Ville-Vra sans doute pour la Ville-Vras, de Ker Vras, la grande ville ; ou encore la Ville-Onen à la Harmoye (22) qui se comprend comme Ker Onenn, la ville au frêne. Les archives du Craffault (22) citent en juin 1572 un "Jehan Rouault, Sr de la Ville-Ringant ", mauvaise francisation de Ker-Hingant et non Ker-Ringant qui aurait dû se traduire la Ville-Hingant...

Sans être en mesure de trancher dans un sens ou dans l’autre, signalons tout de même qu’à Loudéac, la quasi-totalité des formations en Ville- ont un équivalent breton : la Ville-Audrain "Keraudren", la Ville-Donnio "Kerdonnio", la Ville-Morvan "Kermorvan", la Ville-Léo "Kerleo" ou "Kerléau", la Ville-Carrieux se reconnaît dans "Kergariou", la Ville-Jean dans les nombreux "Kerjean" ou "Keryann", et à la Ville-aux-Fèvres répondent tous les "Kergo(ff)" de Bretagne et à la Ville-Trumel répond au moins un "Kerdrumel" à l’ouest de Baden (56). Les seules exceptions semblent être les formations de type 'la Ville-es-'.