Ténoquével
La maison noble de Ténoquével était de grande ancienneté. Les auteurs divergent sur son statut à l’aube de la Révolution : pour Louis Turmel "ses seigneurs qui étaient des Édy s’étaient dès avant 1789 fondus dans la classe populaire" ; du recteur le Bris, un autre son de cloche : "Ténoquével est une ancienne maison noble ; à la Révolution, le seigneur en est un le Bris, de Lanrivaux" ; pour le Noac’h et le Bris enfin : "un avocat au Parlement résidait à Ténoquével en 1750". Pour le siècle précédent, les registres portent au 26 juin 1637 : "demoiselle Claude Connan dame de la Garenne Boisgelin Ténoquével en Cadélac" et au 21 mai 1646 "Claude Connan du bois Hardy la Garenne Boisgelin le Gor Ténoquével "... Il ressort d’un avenu de 1782 que des terres sises sur la métairie du vieux presbytère, à Bot-Fleury et la Ville-Callaire, tous trois en Cadélac, et aux villages de Médroux et de Kerdrain à Saint-Caradec dépendaient du fief de Ténoquével.

Le nom se compose d’abord d’un moyen-breton teno, bas, val, vallée, évolué à partir du XIVème siècle soit en teno(u) - surtout en pays vannetais, soit en traoñ, traou. Ceci convient parfaitement à la situation du village au bord de l’Oust. On le retrouve à Loudéac dans le nom de Truguez, qui correspond exactement aux nombreux Traou Oas trégorrois, pour traoñ ar wazh, la vallée du ruisseau (voir à ce nom). Si le village de Cadélac a gardé une forme plus archaïque, c’est justement à cause du caractère noble de la maison de Ténoquével, qui facilitait un conservatisme graphique ignoré des terres roturières, dont les noms suivaient plus facilement les évolutions de la langue parlée (cf. B. Tanguy : "l’évolution du groupe tn- en tr- est antérieure au XIVème siècle. Le phénomène a été masqué par le conservatisme des graphies, qui durera d’ailleurs longtemps puisque dans les réformations de la noblesse des quinzième et dix-septième siècles, c’est la forme tnou qui prédomine"). Ce n’est d’ailleurs pas la seule occurrence de cette forme figée en Haute-Bretagne : on trouve par exemple le Grand- et le Petit Téno sur l’autre rive de l’Oust à Hémonstoir (22) ou le Thénot sur les bords du canal de Nantes à Brest à Fégréac (44).

La seconde partie du nom peut s’interpréter de deux façons :

1 - Tout d’abord comme un nom de personne, Quével. Ernest le Barzhig cite un lieu-dit de Mûr (22), Stangquémel, qu’il traduit par l’étang de Quémel. Ce nom est attesté outre-Manche dès les IXème ou Xème siècles dans les Grave Verses, noté Cynvael, de cyn, chef, tête, et mael, prince. Il est encore porté aujourd’hui en Cornouailles brittanique, principalement au centre-ouest et au nord. Ténoquével signifierait donc la vallée du nommé Quével (pour l’évolution du m en v, comparer avec le nom Prével, de Primel. Voit la Ville-es-Prévelles).

2 - Mais il paraît plus vraisemblable d’y voir un ancien cefel, chevaux. La Cornouailles brittanique connaît aussi de nombreux Nankivell, Nancekivell (avec nans, vallée). Un lieu-dit Nanskeval, à Mawgan en Pydar s’écrivait Nanscuvel en 1277. Si ce terme n’est plus connu en breton, il l’était en vieux-cornique et est toujours vivant en gallois. Le Pays de Galles a aussi ses Nans-Ceffyl, vallée aux chevaux.

Signalons tout de même une forme Quénoquével. Louis Turmel, à la fin du siècle dernier, signale les deux graphies. Mais le fait est rare et, à mon avis, témoigne d’une évolution de la prononciation par des locuteurs romans, et reste donc sans conséquence sur l’origine d’un nom breton. Notons tout de même qu'à Hémonstoir, la côte qui mène à Cadélac, et donc à Ténoquével, est dite côte de Quanitcheuvé (orthographe toute personnelle !) : nous avons peut-être là une piste quant à l'origine du nom de famille typiquement loudéacien Chevé, qui serait la forme gallaise de Quémel, Quével.

Il s'y trouvait une chapelle dédiée à saint Maudez, puis abusivement à saint André, dont le pardon était fixé au jeudi de l'Ascension.
À signaler aussi un Quénéconval en Callac à 290 m d'altitude...