St-Bugan
Le nom de cet ancien village (une ferme naguère), s’applique aujourd’hui à un quartier entier, né du développement communal des quarante dernières années, séparé du centre-ville par la voie ferrée. La cohésion géographique de ce nouveau quartier, son sentiment d’isolement nourri par l’absence de tout commerce malgré la présence de plusieurs HLM, ainsi sans doute que le penchant " naturel " des Bretons à se valoriser par opposition à leurs voisins, seraient-ils tout proches, tout cela a créé un irrédentisme local qui amène des adolescents à annoncer tout naturellement qu’ils vont "à Loudéac" lorsqu’ils vont dans le centre.

Le peuplement y est assurément très ancien : on a découvert à St-Bugan, au lieu-dit la lande du Concours, outre différents objets dont un bracelet à bossettes de grande valeur, un dépôt de haches à douilles armoricaines datant du premier âge de fer, c’est-à-dire de 560 avant J.C., à plus ou moins cent trente ans près (voir aussi à la Beslière). Notons que la lande du Concours est une appellation récente, puisqu’elle rappelle une exposition de matériel agricole avec concours de labours tenue en 1955.

R. Couffon [*] rapporte qu’une tradition populaire place à St-Bugan la première église de Loudéac. Le caractère archaïque du nom Bugan, la position du village en bordure de l’ancienne voie romaine de Rennes à Carhaix - qui fut utilisée, sur cette section au moins, jusqu’à la Révolution, et le fait que de nombreux bourgs se sont ensuite développés à l’écart de cette même voie sous l’impulsion de nouveaux pôles d’activité, tout concoure à accréditer cette tradition, sans bien sûr la prouver. Cette église était sans doute située à la Rabine (voir aussi à Cadélac et à St-Hovec).
[* in Répertoire des Églises et Chapelles ; diocèses de Saint-Brieuc et Tréguier]

Orthographié Bugan dès 1631 au moins (cf. registre de baptême du 19 septembre de cette année), la période révolutionnaire se permit quelques fantaisies telles que St-Bugamp, sans doute sous l’influence de Guingamp, et plus localement de Quilliampe. Peu de noms de lieux peuvent lui être rattachés sans trop d’hésitations : citons néammoins un Kerbugant ou Kerbugand à Brignac (56), dont j’ignore les formes anciennes ; Coet Bugat, ancienne paroisse aujourd’hui rattachée à Guégon (56) ; St-Buc à Sévignac (22) ou au Minihic-sur-Rance (35), ce dernier avec la même graphie au moins depuis 1426.

L’existence d’un saint breton Buc ou Bug, diminutif Bugan, est donc possible. On a aussi proposé un composé de bud, victoire, et cant, parfait, qui n’explique pas les formes St-Buc.

Fait divers désolant en 2005 : les Bêtes sont de retour...

Certaines bonnes âmes de l'Èducation dite Nationale, conscientes de leur devoir d'éradiquer tout ce qui pourrait nuire à l'œuvre civilisatrice française chez les ploucs, ont cru bon de rebaptiser les écoles élémentaire et primaire de St-Bugan en écoles Jules Verne

Un saint comme emblême d'écoles publiques, et puis quoi encore ? On regrettera au passage la mollesse de leurs convictions... Qu'ils aillent jusqu'au bout et exigent de nouvelles appellations pour St-Brieuc, St-Maudan, St-Nazaire et j'en passe... Ça a failli marcher sous la Terreur !

Doit-on leur rappeler que :
1 - le combat justifié pour la laïcité ne consiste pas à faire table rase du passé, jusqu'à en nier l'existence, ni à promouvoir en douce une religion de l'Ètat républico-franchouillard, ni donc à remplacer l'emprise des prêtres sur les consciences par celle des préfets ou leurs relais, mais à permettre le libre exercice (ou non) de tout culte pour tout citoyen qui le souhaite. Le quartier de St-Bugan ne me semble d'ailleurs pas ressembler à un nid de vipères judéo-chrétiennes ou islamistes prêtes à étouffer la démocratie dans la religion....

2 - le fait est que des noms comme St-Bugan, le Tiernez ou Quilliampe, et des tonnes d'autres, font partie du patrimoine local. Un héritage culturel unique qui ne vaut sans doute ni plus ni moins que celui des autres mais qui a le mérite incontournable d'être le notre, qu'on soit Loudéacien de naissance ou d'adoption comme c'est mon cas. Cette manie uniformisatrice qui nous vaut des collèges Prévert, Jules Verne ou Jacques Brel à la pelle ne fait que contribuer à forger des citoyens sans racine, sans chair, sans vécu. Des robots bons à la manœuvre... Vous me direz que les cathos ne font pas vraiment preuve d'imagination non plus avec les Ste-Anne et St-Jo en veux-tu en voilà, et vous aurez entièrement raison. Pire encore ils ont remplacé dans certains cas les vieux saints bretons par des valeurs plus reconnues : René pour ronan, Maurice pour Morvan, par exemple. Mais, bon, vous n'êtes quand même pas obligés de copier tous leurs défauts. Des écoles nommées St-Bugan, c'étaient les seules au monde !

Jamel Debbouze, peu suspect d'un quelconque intégrisme, lors d'un spectacle à Loudéac en 2006 a demandé au public si il y avait une 'cité' à Loudéac et comment elle s'appelait. Le simple de nom de St-Bugan lui a inspiré une improvisation comique et pertinente... La charge d'exotisme contenue dans ce nom à ses yeux le paraît d'une magie à la quelle vous n'êtes apparemment peu sensibles.

Quant à Jules Verne, Breton et anti-clérical, il doit se retourner dans sa tombe...