le Plessix-Boudet - le Plessix-Pelletier
Un plessix est une clôture de branches entrelacées, sorte de retranchement primitif, équivalent au breton kenkiz, qui fournit les toponymes Quenquis, Canquis, etc. Le terme provient du latin *plexaticium (cf. cet entrelacement de nerfs qu’est le plexus solaire). Vingt-six communes et environ 300 hameaux ou lieux-dits lui doivent leurs noms en Bretagne, dans la France de l’ouest et en région parisienne. On ne s’étonnera donc pas, vu l’origine du mot, que la plupart d’entre eux désignent des terres nobles.

Le Plessix-Boudet - ou Plessix tout court - était réputé être la plus ancienne maison noble de Loudéac. Certains, se basant sur les commentaires de l’historien de la Borderie d’un texte d’Ingomar traduit par Pierre le Baud, veulent en faire la résidence du roi breton Judicaël, au début du VIIème siècle... mais le texte ne mentionne qu’une "villa appelée Plaisir oultre la forest" et le rapprochement semble forcé. Reste que, dans le passage cité, le roi se dirigeait vers Plumieux, et que la dite villa ne pouvait guère être loin de notre Plessix... En 1370 le Plessix dépend de la juridiction de la Chèze et appartient au vicomte Jean Ier de Rohan, qui le donne en partage à ses oncles Geoffroi et Josselin de Rohan. Pourtant des aveux rendus aux Rohan en 1612, 1638 et 1682 indiquent que le "manoir de Plessix-Boudet" n’appartient plus à cette famille mais à une Du Moulin Dame du Brossay [*] comtesse de Chassonville [**]. Voir aussi à les Déserts.
[* Le château du Brossay était en paroisse de St-Gravé, diocèse de Vannes]
[** renseignements tirés de Châteaux et manoirs des Rohan, Charles Floquet, éd. Y. Salmon, Loudéac, 1989]

La chapelle du Plessix-Boudet, dédiée à St-Tujan à l'origine et à Ste-Eugénie en version tricolore et maladroite, et dite Notre-Dame-de-Grâce, dite d’ancienneté Chapelle au Vendeur, a disparu à l’époque révolutionnaire. Seul un nom de parcelle du cadastre napoléonien en garde le souvenir : le champ de l’Église (voir aussi au Château de la Latte). Dépendait aussi de cette seigneurie les terres de Limpiguet (voir à ce nom), comme le rappelle ce texte de 1690 : "au proche de laquelle maison est encore une autre chapelle, sur laquelle chapelle il y a une fondation d’une métairie située au village de Limpiguet, et une dîme située en la paroisse de Cadélac, qui peut valoir le revenu annuel, la somme de 125 livres". Un siècle plus tard, une délibération du Conseil Municipal du 10 mars 1790 confirme : "au 10 mars 1790 au greffe de la municipalité s’est présenté Messire Julien Brajeul prêtre de cette paroisse desservant la fondation du Plessix-Boudet en patronage laique [...] et que la rente foncière qui en dépend est due par les habitants de Lampiguet et la dixme se lève sur la paroisse de Cadélac". De cette maison noble dépendait encore une autre chapelle seigneuriale et prohibitive, du côté de l’évangile de l’église matrice de Loudéac.

La forme complète Plessix-Boudet n’apparaît pas régulièrement avant le XVIIème siècle, sans doute pour la différencier du Plessix-Pelletier. Boudet doit représenter le nom du propriétaire et peut représenter une variante du nom de famille encore porté aujourd’hui dans la commune, Boudec, sur lequel je n’ai pas de renseignement.

Quant à Pelletier, c’est évidemment un nom de métier, le pelletier, celui qui prépare ou vend des fourrures, issu du vieux-français pel, peau, du latin pellis, peau d’animal. L'endroit s'appelait aussi localement Plessix-Petiot. De l'ancienne chapelle saint Julien qui s'y trouvait, partait la procession du mercredi précédant l'Ascension, pour demander une météo favorable aux récoltes. Elle rejoignait celle de la ville sortant de la chapelle de l'hôpital, le "baiser de la croix" ayant lieu à l'angle de la rue neuve. Après la disparition de la chapelle, les assemblées continuèrent, "qui devaient donné lieu à des abus" selon le clergé.