le Larhon
Si l’on écrit quasiment toujours aujourd’hui le Larhon, on trouve cependant parfois une graphie l’Arhon. Or ces deux orthographes correspondent à (au moins) deux étymologies possibles.

En un seul mot, Larhon évoque de nombreux autres cours d’eaux bretons : le Larhon en Bonen (22) dont le nom ne semble subsister qu’en composition au Moulin de Larhon, le Valeron en Plumieux (22), passé en nom de lieu et à rapprocher du Falleron ou Fallerun qui passe à Machecoul (44), le Canac’h Cleron de St-Nicolas-du-Pelem, résultat d’une mauvaise coupe rectifiée dans la commune voisine de Laniscat (22) en Canac’h Leron, le Pont Larron à Indre (44), le Léron à Comblessac (35), le ster Laeron, affluent de l’Ellé (56), etc. Ce dernier est d’un intérêt tout particulier pour notre Larhon loudéacien car nous trouvons dans le Cartulaire de Quimperlé une forme datant de la fin du XIIème siècle : Latdrun. De même le Laëron, affluent de l'Isole avec lequel il conflue à Gourin (56), prend sa source à Toullaëron en Spézet (29), Toullaezron en 1681. Ces noms procèdent du vieux-breton ladtron, mare, étang. Nous avons peut-être ici une forme ancienne du cours d’eau loudéacien et des autres cités plus haut, ainsi que d’autres plus ou moins déguisés, telles ces landes de Pend-Larrons à Pléneuf (22), où plutôt que de pendre les voleurs il doit être question d’un Penn-Laron, le bout du Laron.

Mais l’ancienne graphie l’Arhon était aussi assez fréquente autrefois et a pu aboutir aisément à Larhon : les exemples d’agglutination de l’article abondent en français, depuis le lierre, d’un ancien l’ierre (latin hedera) jusqu’à l’en-demain devenu le lendemain. Et Aron est lui aussi un nom de rivière très répandu : l’Aron en Mayenne, écrite Aroena en 615, l’Aron rivière de la Nièvre, Aeron dans le Dyfed au Pays de Galles, Arun dans la Lancashire en Angleterre, Arrone en Italie ou Arroyo en Espagne... Les spécialistes des hydronymes (noms de rivières, lacs, etc.) y voient un composé d’une racine pré-celtique ar désignant l’eau courante, très fréquent dans toute l’Europe - citons juste l’Aar en Suisse, l’Ahr près de Coblence, l’Ar en Moselle ou l’Ara en Aragon. À leur arrivée, les premières populations celtiques y ont rajouté le mot on(na) qui signifie tout simplement cours d’eau ou rivière. Dans les Pyrénées, aran signifie vallée. Voir aussi à Larlan.

On ne doit pas s’étonner d’une possible origine gauloise ou préceltique d’un nom de rivière. Les cours d’eau sont parmi les éléments les plus stables du paysage et des vagues successives de populations de langues différentes ont repris les appellations précédentes en leur adjoignant simplement parfois tel ou tel préfixe ou suffixe. Si le Larhon peut être d’origine bretonne, aucun doute n’est permis quant à l’origine gauloise de l’Oust ou du Lié : "les conséquences d’une fausse coupe ne sont pas moins importantes. Penserait-on à voir dans le Lié un doublet de l’Allier (Elaver d’après César, Elarius au IXème) : la graphie Hellier au XIVème siècle, à côté de Eler au XIIIème, explique que de l’Hellier on ait fait le Lié" (Bernard Tanguy).