les Déserts
Ce terme, qui désigne des terres en friche, a très tôt été emprunté au latin par les langues celtiques - sans doute pour des raisons religieuses comme nous le verrons - et aux Déserts de Loudéac ou de Plémet répondent les Diserth gallois ; en breton on trouve de nombreuses variantes : après mutation de la consonne initiale on a Nezarc’h, Nezerc’h, Nezart, Nezert, Nizerhy, le Nizarh, etc. Autres formes possibles : Lezarc’h, Lezardeau (ou Nezerdou). On a du constaté la fréquente proximité de ces Déserts avec des établissements monastiques, les moines se retirant pour méditer au désert, selon leurs propres termes. Le recteur le Bris affirmait en son temps : "c’était le désert ou monasterium du couvent de Kermeleuc". En ce qui concerne l’existence d’un monastère à Guermeleuc, je ne sais s’il émettait une opinion toute personnelle ou s’il se faisait l’écho d’une tradition.

La maison des Déserts était une des plus vieilles maisons nobles de Loudéac. Historiquement, elle apparaît en 1312 lorsqu’un seigneur des Déserts donne une quittance au nom du vicomte de Rohan et encore en 1423 où un Jean des Déserts est cité dans la Réformation de la Noblesse de l’Évesché de Saint-Brieuc. Outre les Déserts et le Plessix, cette famille posséda un moment Launay-Bergault, Launay-Grésillon et le Resto.Selon certains, elle semble avoir été la plus riche en terres de la paroisse de Loudéac. Un document de 1657 [registres paroissiaux] décrit ses biens religieux : "Davantage est annexée à ladite église de Loudéac une chapelle seigneuriale du côté de l’épître, dépendant de la maison noble des Déserts, au joignant de laquelle maison est encore une autre chapelle, pour lesquelles est fondée une métairie située au village de Kerguisio en la trève de St-Barnabé". On retrouve à peu près les mêmes termes un siècle et demi plus tard dans une délibération du Conseil Municipal du 8 Mars 1790 : "la déclaration des biens dépendents de la fondation des Déserts en patronage laïque (...) et que les biens qui en dépendent sont situés au village de K/dissio en la trève de St-Barnabé et consistent en une petite métairie affermée pour 26 livres".

Une délibération du Conseil de District en date du 17 Décembre de la même année signale que le sieur Jéglo, vicaire à Loudéac, "est titulaire d’une fondation dite des Déserts, consistant en une petite métairie affermée à Louis Maray une somme de 126 livres". Le géographe Ogée nous apprend que le château, dont il ne reste aucune trace aujourd’hui, fut détruit en 1798. Enfin une tradition rapportée par Louis Turmel veut qu’un chef de cette famille ait été tué par ses enfants dans le chemin qui va de la croix de la Touche à la ferme, en haut de la petite côte qui suit le ruisseau et avant le détour.

Le représentant le plus connu de cette famille fut Louis des Déserts, président des États de Bretagne. Ce personnage peu reluisant, qu’on voit en sa qualité de président assister en 1511 au mariage d’un Rohan, manoeuvra dans l’ombre pour l’union de la Bretagne à la France, à la suite de l’invasion militaire de la Bretagne par les troupes françaises. C’est lui qui suggéra l’idée que ce soit les Etats eux-mêmes qui demandent officiellement un traité d’Union au roi de France, ménageant ainsi la susceptibilité de certains qui préféraient paraître quémandeurs plutôt que vaincus. Des sommes bien rondelettes et savamment distribuées otêrent leurs scrupules à une noblesse plus attachée à son bien-être qu’à son pays. C’est ainsi que Louis des Déserts passa dans l’histoire comme l’artisan du Traité de 1532.

Le manoir, près duquel se trouvait une chapelle dédiée à sainte Anne, fut détruit en 1898.