la Corderie
Ancien quartier ou faubourg des cordiers. Depuis le Moyen Age ce métier était le propre des lépreux, aussi appelés caquins. À St-Brieuc, le lieu-dit la Coquinerie, pour la Caquinerie, avoisine le quartier de la Corderie. Dans l’ancien diocèse briochin, 22 paroisses ont abrité des caquineries : outre Loudéac, le Gouray, Pléguien, St-Michel en St-Brieuc, Plérin, Pléhédel, Plélo, Plouha, Quintin, Quessoy, Trégomeur, Plumieux, Hénon, Trédaniel, Ruca, Maroué, Plédran, Iffiniac, Erquy, Planguénoual, Pléneuf et Hillion.

Les plus folles légendes circulaient sur ces malheureux pestiférés : descendants des guerriers sarrazins pour les uns, ils étaient pour les autres des fils de Croisés rentrés au pays avec la lèpre. D’autres encore assuraient que les cordiers étaient à l’origine des Juifs ou bien des Bohêmiens. Ils avaient le sang noir ; entre autres dons peu catholiques ils possédaient celui de pouvoir faire cuire une pomme simplement en la plaçant sous leurs bras, ou encore celui de verser du sang par le nombril le Vendredi Saint. Le dernier reproche qu’on leur ait adressé fut bien sûr d’avoir fabriqué la corde qui servit à lier le Christ ! Un très ancien morceau de littérature bretonne, Distruj Jerusalem (" la Destruction de Jérusalem "), raconte l’histoire suivante :

"Il ne reste à Jérusalem nul homme qui ne fût détruit et tué en toutes manières, sauf trois charges de navires qui furent mises sur mer sans ancre ni cordage, croyant qu’ils seraient noyés et qu’il n’échapperait pas une tête.

Un des trois navires aborda en Normandie et, de son équipage, descendirent les Normands sans foi.
L’autre alla aux Anglais d’où sortirent les Saxons maudits.
Du troisième navire sortirent semblablement ceux qui font des cercles. Et qu’on nomme Cacoux".

Le bon peuple de Bretagne les tenait bien à l’écart ; plusieurs églises, tel celle de Bégard, comprenaient des logettes attenantes qui permettaient aux lépreux de suivre la messe à travers une fenêtre grillagée. De véritables émeutes se sont déclarées lorsque certains recteurs ont voulu les enterrer dans le cimetière commun. Ainsi à Planguénoual le 23 Avril 1716, un cordier est déterré pour être remis avec ceux de sa profession. Tous les préjugés ayant la vie dure, on ne s’étonnera pas de trouver encore à la fin du XIXème siècle sous la plume d’un esprit éclairé, l’avoué Louis Turmel, les phrases suivantes : "On ne peut, sans éprouver comme un frisson, se représenter cette lugubre procession de l’enterrement d’un homme vivant, descendant la rue de Pontivy, pour se rendre à la Corderie". Et enfin cette conclusion assez surprenante : "On peut faire à la Corderie de Loudéac, au point de vue des gens et des lieux, certaines constatations qui confirment notre opinion". Qu’en pense le comité de quartier ?

S’ils étaient particulièrement nombreux autrefois à Loudéac (voir à l’article Callouet), le recensement de 1841 ne compte plus que cinq cordiers, celui de 1846 quatre, et trois seulement en 1851.

Voir aussi à la Tannerie.