Cadélac
Un texte disponible aux archives départementales nous en précise les frontières : "l'ancienne paroisse de Cadélac était limitée au nord par le ruisseau de Gouerdreu, partie du bois de la Ville-Audrain, les landes de la Ville-Hervé ; au couchant par la rivière de l'Oust, du moulin de Beausault au pont de Saint-Druman [le Pont Rouge] ; au midi par la route de Loudéac à Pontivy, sauf la métairie des Bots et la maison du Pont [aujourd'hui disparue] ; au levant par le chemin allant de Bel Air en Cadélac au doué du Gouerdreu - près la gare - en passant par Pérée, la rue Bigrel et Toulifaut". En gros, tout ce qui actuellement sur la commune se situe à l'ouest de l'ancienne route de St-Caradec au nord et de la route de Pontivy au sud appartenait à la paroisse de Cadélac. Dans l'agglomération, Cadélac englobait tout le territoire à

l'ouest de la voie ferrée, et même du boulevard de la gare. La croix incustrée dans la maison Étienne à la Grenouillette marque la limite des deux anciennes paroisses.

L’éphémère commune de Cadélac fut quasiment mort-née. En 1792, ses habitants, sous la houlette du recteur le Héran, refusèrent de former une nouvelle municipalité pour remplacer celle sortie à la Saint-Martin 1791, empêchant ainsi le recouvrement des impôts. Ils refusèrent également de prêter le serment civique, de s’inscrire sur les registres de la Garde Nationale et sur celui des jurés. En conséquence, le 5 avril 1792, le directoire du département des Côtes-du-Nord décida le rattachement provisoire à Loudéac. Celui-ci deviendra définitif en 1803. Longtemps les habitants espérèrent que Cadélac redevienne une commune, mais Loudéac s'y opposa fermement.

En 1246 un chevalier Geoffroy de Cadéllac fait donation de biens qu’il possède en Plémet. Peut-être s’agit-il d’un ancêtre d’ "Allain de Cadelac" cité en 1513 dans la Réformation de l’Évêché de St-Brieuc. Un acte mentionne en 1302 "Eon Quenandu jadis personne [= recteur] de Kadellac". Et de fait, Loudéac semble bien n’avoir pris que tardivement le pas sur sa voisine, avant de l’absorber. L’écho de ce lointain passé semble être resté longtemps présent dans la mémoire collective loudéacienne, comme en témoigne la tradition rapportée par l’avoué Louis Turmel au début de ce siècle : "On croit communément que Loudéac n’est qu’une trève, distraite de Cadélac à l’époque de la Révolution pour former une commune séparée ; on ajoute facilement qu’avant cette date, Loudéac n’était qu’un village de la paroisse de Cadélac et l’on pense avoir remonté aux temps les plus reculés de notre histoire" (voir à St-Hovec et à St-Bugan). Si la chronologie laisse à désirer, la trame générale est exacte. Pour R. Couffon, "c’est là l’un des fundi gallo-romains Catulacum, dont la toponymie cadastrale indique l’importance. Il a été supplanté entre le septième et le neuvième siècle par Loudéac situé sur la grande voie de Vorgium à Condate, et dont le patronage à saint Nicolas montre une fondation postérieure au huitième siècle. Cadélac remonte au moins au milieu du sixième siècle". Cette hypothèse déjà ancienne est aujourd'hui confirmée par l'étude d'Erwan Vallérie pour qui [*]: "Cadélac englobait certainement Loudéac qui lui a succédé, ainsi que les trèves de celle-ci : La Motte, St-Hervé, Grâce-Uzel et St-Barnabé. Cela implique d'y rattacher également St-Thélo et Trévé qui font écran entre Loudéac et ses anciennes trèves, ainsi qu'Uzel et St-Maudan qui, l'une au nord, l'autre au sud, se trouvent enclavées, la première entre Loudéac et la zone forestière d'Allineuc, la seconde entre Loudéac, l'Oust et son affluent l'Arhon". Voir la carte des paroisses primitives de l'évéché de St-Brieuc.
[
Erwan Vallérie in Commune bretonnes et paroisses d'Armorique, Beltan - 1986]

L’étymologie proposée par Couffon accepte comme une évidence l’origine gallo-romaine de Cadélac, mise en doute par d’autres auteurs pour diverses raisons : il est vrai qu’on comprend mal pourquoi la terminaison en -ac n’a pas évolué dans cette zone si longtemps bretonnante. Cette terminaison est alors mise au compte de la proximité de Loudéac : on peut d’ailleurs noter que deux cartes de Bretagne de 1620 et 1745 portent Cadela à côté de Loudéac. Le parrainage de l'ancienne église détruite en 1805 par saint Cado(c) et saint Samson renforce le doute, à moins qu’il ne s’agisse d’une adaptation tardive.

D’autres explications, plus ou moins fondées, ont donc été proposées. Certaines font de Cadélac un nom de personne. C’était effectivement le nom de la famille noble, disparue assez tôt, qui possédait la seigneurie. Pour Dauzat et Rostaing, c’est un ancien Catwalloc, brave au combat (voir à Launay-Cadélac et à Kercadélac). D’autres proposent un composé du nom Cado et de lec’h, lieu, évolué en lac’h. Le lieu-dit Cadélac en Priziac (56) est noté Cadelach, peut-être pour Cadelac’h, sur la carte de Cassini.... Là encore, c’est la finale du nom de la commune, Priziac, qui aurait facilité l’évolution en -ac.