la Boscherie
D’après la plupart des chercheurs, les formations en -ière ou -erie ont commencé aux onzième ou douzième siècles, période active de dispersion en Europe de l’Ouest, de défrichement et de colonisation après les ravages causés par les invasions normandes. Cependant ce mode de formation de toponymes ayant été productif par la suite pendant des centaines d’années, on ne doit pas bien sûr en déduire que notre Boscherie remonte à une période aussi éloignée : la région devait même être exclusivement bretonnante à cette époque.

On a proposé de voir dans le nom de ce village un dérivé du gallo bauche, une sorte de torchis. Il faut préciser que ce terme est français et pas spécifiquement gallo, car il existe dans tout l’ancien domaine d’oil et on peut même le trouver dans les encyclopédies de langue française. Pourtant l’orthographe la Baucherie, qui en ferait un synonyme de la Bauchée à St-Brieuc (22), est très exceptionnelle (la Boscherie sur la carte de Cassini).

Il paraît beaucoup plus simple et plus logique de rapprocher la Boscherie du nom de famille Boscher, qui présente l’avantage d’être fort répandu dans le coin et depuis longtemps (cf. entre mille autres exemples, la Ville-Bôcher à Trévé). Bien sûr si les Martin ont pu parrainer des Martinerie ou Martinière, les Bernard des Bernardière, les Boscher n’ont pu que léguer des Boscherie, raccourcis naturels des Boschererie attendues. Dès le XIIIème siècle des Boscher sont seigneurs de Launay-Mûr, en Mûr de Bretagne (22). Au seizième, un sieur de la Carrière de la Boscherie était économe régissant l’abbaye de Lanthénac pour le compte de la Magnanne. Le Nobiliaire et Armorial de Bretagne de P. Potier de Courcy qualifie cette famille de ‘seigneur de la Boucherie, paroisse de Loudéac’, ce qui permet sans doute d’écarter définitivement l’hypothèse d’un dérivé de bauche. Boscher, variante Bocher ou Boschier, est un nom de famille répandu dans la région. C’est un mot vieux-français qui signifie bûcheron, du verbe boscher, couper (le bois). Il est aussi à l’origine du français moderne boucher, celui qui coupe la viande.

Signalons enfin, pour les esprits pointilleux, qu’une Beauchery de Seine-et-Marne s’écrivait Bauchisi en 1153. Erreur de scribe ? Toujours est-il que Dauzat postule un gallo-romain *Balcisius composé d’un nom d’homme gaulois *Balcius et du suffixe -acum... À vos souhaits !