Bel Air
Si un premier mouvement porte naturellement à placer ce toponyme dans la catégorie des Bellevue, Beauval, etc, ce qui revient à en faire une création somme toute récente, de nombreux auteurs ont cependant insisté sur des faits contredisant cette explication par trop facile.

D’abord la fréquence du nom - sous cette forme ou bien sous de nombreuses variantes, dans des régions qui n’ont jamais parlé français ni de près ni de loin, ni même une autre langue latine. Toutes par contre appartiennent à l’ancien domaine celtique (en gros l’Europe de l’ouest). Tout rapprochement avec le terme français air ne tient donc plus. De plus on a pu relever une caractéristique commune à tous ces lieux-dits : une position élevée, souvent à flanc de colline, dominant une route ou à l’entrée d’une ville.

Ceux d’entre vous qui circulent beaucoup en voiture auront d’ailleurs peut-être remarqué les nombreux Garages de Bel-Air, juchés à la sortie de nombreuses villes bretonnes : nous pouvons relever ceux de Josselin, Nantes, Lannion, Quimper, la Roche-Bernard, Morlaix, etc.

Tout cela s’explique facilement : ces Bel Air ne sont qu’un vestige d’un ancien culte rendu au dieu Belenos, ou Beler. Leur site élevé correspond à la nature solaire du dieu. Beaucoup d’anciens Bel-Air ont été christianisés en St-Michel. Cette récupération par le clergé chrétien fut d’autant plus facile que le culte rendu à l’archange était lui-même de nature solaire. Que ce soit à St-Michel-Chef-Chef (44), à St-Michel de Braspart (29) ou au fameux Mont-St-Michel, ou ailleurs, on se retrouve toujours sur des hauteurs. Terrassant le Dragon tellurique, saint Michel parraine un ancien Tombelaine, lui-même déformation de Tombe-Belen...

Le passage de Beler à Bel-Air s’explique donc aisément chez des populations ayant changé et de langue et de religion. On trouve pareillement des possessions templières nommées Ville-Dieu devenues Ville-d’Air ou Ville-Dé... D’autres variantes orthographiques ont pu voir le jour avec le temps, suivant l’évolution linguistique du lieu : ainsi la commune de Billiers (56) se disait Beler en 1250 et aujourd’hui encore... en breton ! En Caurel (56) se trouve la lande dite de Belair, à 4 kms au nord de Mûr, abritant un important site mégalithique (allée couverte).

De très nombreux lieux-dits contiennent sans doute la même racine, de façon plus indirecte : citons le Valérien en Plessala (22), ou la Terre Belardon citée dans les archives du château du Craffault le 8 Janvier 1393. Castel-Bel-Air (56) s’écrivait autrefois Castel-Belair ou Beller.

Pour être complet signalons que le breton beler, cresson d’eau, ne peut être mis en cause ici, ne se retrouvant en toponymie que sous forme de composé : par exemple Belerit, le lieu où poussent les cressons d’eau, la cressonnière.

Voir aussi à Cadélac.